22.12.09

Quand Coppola prophétise sur l'avenir du cinéma


"Le metteur en scène de cinéma est un chef d’orchestre"

Interview prophétique de Francis Ford Coppola sur le blog Film Bazar d'Isabelle Regnier, Journaliste et critique de cinéma au Monde.

Coppola fait un parallèle passionnant entre le rôle du chef d'orchestre du cinéma muet et le rôle actuel du réalisateur appelé à (re)devenir, grâce aux technologies numériques, un artiste agissant en live avec son oeuvre :

"le cinéma est devenu malléable : le réalisateur peut jouer en live avec ses fichiers numériques. Cela rappelle l’époque où les orchestres tournaient et où les compositeurs n’étaient payés que s’ils étaient chefs d’orchestres. Le metteur en scène de cinéma est un chef d’orchestre."


Il critique aussi l'illusion de la 3D dans laquelle s'engouffrent les majors dans l'espoir de conserver la maîtrise de la chaine économique du cinéma. Le célèbre réalisateur dénonce par là même l'illusion de maitriser les mouvements de piratage.

Pour lui justement, le retour du cinéma dans la sphère des arts vivants - à l'instar des concerts, planche de salut de l'industrie musicale - permettra de sortir du cycle infernal producteur-diffuseur-pirate, en conférant au cinéma une véritable dimension "d'œuvre ouverte" non fixable définitivement sur un support et non réplicable.

A lire ou relire :
L'oeuvre ouverte, d'Umberto Eco (note de lecture)

Un document connexe sur les contenus autoproduits : vers une régénérescence des industries culturelles par l'amateurisme ?, par Frank Leard; département R&D de France Telecom

Photo : George Lucas, Michael Jackson, Francis Ford Coppola, lors du tournage de Capitaine EO (1986) (DR)

21.12.09

Google s'attaque aux musées


Alors que la France devrait investir 750 millions d'euros dans la numérisation de son patrimoine culturel, Google s'apprête à lancer une nouvelle visite virtuelle de musée. Après la présentation époustouflante en très haute définition du musée du Prado, vient donc le tour de celui de ... Bagdad !

Le PDG de Google, Eric Schmidt, qui s'est déplacé en personne pour l'occasion et la Commission irakienne des antiquités et de l'héritage ont annoncé la mise sur pied d'un projet visant à offrir des visites virtuelles du Musée national de l'Irak début 2010.

Ce projet aurait reçu directement l'appui du département d'Etat américain dans le cadre de l'entente stratégique incluant aussi les affaires culturelles.

La bataille des musées ne fait sans doute que commencer, que fera la France ? Le précédant de la Bibliothèque nationale aurait-il servi de leçon ?

Très intéressante video sur la méthode de numérisation en haute définition au Prado

14.12.09

Grand emprunt : investissement pour la numerisation du patrimoine culturel confirmé


Le Chef de l'État confirme ce matin lors de son discours sur les décisions prises sur le grand emprunt que la numérisation du patrimoine culturel bénéficiera d'une partie du grand emprunt.
Dossier de presse
L'extrait vidéo sur la numérisation du patrimoine culturel


Extrait :

Développer les services, usages et contenus numériques innovants

La viabilité économique de cette nouvelle infrastructure très haut débit dépend des nouveaux services, usages et contenus numériques qu’elle permettra de faire émerger. Le fonds national de numérisation de la société mentionné ci-dessus sera doté de 2,5 milliards d’euros supplémentaires pour favoriser leur développement.

Un changement profond dans l’organisation des systèmes d’information est en marche, avec le développement de l’informatique en nuage. Le développement de ces infrastructures présente des enjeux majeurs en termes de compétitivité, de souveraineté et de développement durable. Elles permettront une meilleure utilisation des ressources informatiques au sens large (infrastructures, serveurs d’hébergement, plateformes de services et de location de logiciels).

Une partie des ressources du fonds sera mobilisée pour investir, via un partenariat public-privé, dans de grandes centrales numériques de calcul et de stockage, dans le contexte de l’émergence de l’informatique en nuage (« cloud computing »), de manière à développer rapidement une alternative française et européenne dans un domaine en explosion aujourd’hui largement dominé par des acteurs nordaméricains Les technologies de base du numérique irriguent l’ensemble des secteurs industriels et leur maîtrise est critique pour l’avenir industriel de notre pays. La France et


l’Europe disposent en la matière d’atouts considérables, qu’il est indispensable de maintenir et de renforcer. Dans cette perspective, le fonds sera mobilisé pour consolider, dans des partenariats public-privé de recherche et développement, la maîtrise des technologies de base du numérique, aux applications multiples dans le domaine des télécommunications, de l’informatique, de l’énergie et des transports.

Le fonds sera également mobilisé pour financer sous forme d’avances remboursables des projets partenariaux public-privé de recherche et de démonstration, visant le développement de logiciels, d’usages et de contenus numériques innovants, en particulier dans le domaine de l’e-santé et des réseaux intelligents pour le transport et l’énergie.

Une partie du fonds sera aussi consacrée au co-financement de la numérisation des contenus culturels, dans une logique de co-investissement et de partenariat publicprivé, avec le souci de maximiser l’effet de levier des fonds publics et d’utiliser les compétences du secteur privé dans l’indexation et la mise à disposition des contenus auprès du grand public.

Des plateformes collaboratives de recherche et d’expérimentations de nouveaux usages numériques, notamment celles destinées à développer la dynamique et le rayonnement des pôles de compétitivité impliqués sur ces thématiques, pourront également bénéficier d’un co-financement par le fonds.

Le site Numérisation du patrimoine culturel du Ministère de la culture.

5.12.09

Masterpieces of Paris à Canberra


Après une exposition Degas en 2008 couronnée de succès avec 180 000 visiteurs, la capitale australienne s'apprête à accueillir 112 toiles célébrissimes du musée d'Orsay : des tableaux de Van Gogh, Bonnard, Seurat ou Gauguin.

A l'occasion d'importants travaux le musée français a eu l'heureuse idée de programmer un vaste programme de pérégrination de ses œuvres, dont les prêts, outre leur rayonnement culturel immense, permettront de financer une partie des importants travaux qui s'étaleront sur l'année 2010 : «Nous devons faire peau neuve. Des travaux vont avoir lieu pendant toute l'année prochaine, mais nous allons les effectuer sans fermer un seul jour le bâtiment», annonce le président de l'établissement, Guy Cogeval. Ce chantier de 11,40 M€ affectera un tiers des 16 000 m² de l'ancienne gare.

Le marketing de cette exposition est celui d'un véritable "blockbuster", sous l'impulsion des tours-opérateurs de Canberra. Depuis plus d'un mois, sur leurs sites Internet, les hôtels proposent des formules spéciales "à la française" incluant tickets et formules culinaires. 250 000 personnes sont attendues, la compagnie aérienne nationale, Qantas, annonce déjà que les réservations de sièges sont extrêmement nombreuses et devraient entrainer de nouveaux affrètements.

Canberra ne sera cependant qu'une des facettes de ce grand projet de prêts d'œuvres du musée d'Orsay, Madrid, San Francisco, Nashville ou encore Tokyo profiteront des toiles impressionnistes. Avec cette opération impressionnante de soft power culturel, on estime aussi qu'Orsay devrait recevoir 10 millions d'euros en 2010, pour le prêt de 220 tableaux, à 6 institutions à travers le monde.

Un modèle à développer et structurer dans le temps et l'espace ?

Source : Le Figaro, Le Monde

21.11.09

800 millions du grand emprunt pour la numérisation des biens culturels ?


Le 19 novembre 2009, c'est ouvert le Forum d'Avignon 2009, lancé l'an passé par l'ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres visant à rassembler l'élite de la culture, des médias et de l'économie.

L'idée initiale qui visait à constituer un véritable "Davos" de la culture, semble dès sa seconde édition, s'approcher progressivement de son objectif.
La présence, entre autres, de la nouvelle directrice générale de l'Unesco Irina Bokova de Dan Glickman, président de la Motion Picture Association of America, Lawrence Lessig, Professeur à Harvard et fondateur du Creative Commons, Amit Khanna, Président de Reliance Entertainment un des poids lourds indiens du secteur, attestent ainsi de la montée en puissance politique de cet évènement.

Dans son discours d'ouverture, Frédéric Mitterrand a lancé un appel au Président de la République qui constituera peut-être un tournant dans l'impasse opérationnelle dans laquelle se trouve le rayonnement culturel français dans la course mondiale au soft power. Le Ministre demande un déblocage de 753 millions d'euros dans le cadre du grand emprunt pour accélérer la numérisation des biens culturels.

Une excellente initiative, à condition que le volet "diffusion et propriété intellectuelle" ne soit pas sacrifié et qu'une véritable réflexion sur la diffusion multilinguistique de ces contenus soit planifiée pas seulement à travers un méta-portail institutionnel de la "Culture française", mais au contraire diffusés sur tout le spectre du web : institutions, réseaux sociaux, plateforme de diffusion streaming audio-visuelle gratuites et payantes.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que le Ministère des Affaires Etrangères et l'Agence CulturesFrance semblent très peu associés au Forum d'Avignon, malgré l'orientation nettement internationale et axée sur les problématiques de mondialisation et de globalisation culturelle. Espérons que cette heureuse initiative ne soit pas une énième couche dans le brouillard de l'action culturelle extérieure française !



Dépêche AFP, Mitterrand demande 753 millions du grand emprunt pour la numérisation

La Tribune, La culture au cœur de l'économie de la connaissance

Les membres du conseil d'administration du Forum d'Avignon

Nicolas Seydoux, Président du Forum d’Avignon, Président de Gaumont, Hervé Digne, Vice-Président du Forum d’Avignon, Président-fondateur de Postmedia Finances, Axel Ganz, Vice-Président du Forum d’Avignon, Jean-Jacques Annaud, réalisateur, Patricia Barbizet, Directeur général de la Financière Pinault, Laurent Benzoni, professeur des universités, Guillaume Boudy, Secrétaire général du ministère de la culture et de la communication, Mats Carduner, Directeur général Google France et Europe du Sud, Emmanuel Chain, Producteur et Président de Elephant et Cie, Renaud Donnedieu de Vabres, initiateur du Forum d’Avignon, ancien ministre de la culture et de la communication, Laurence Franceschini, Directeur du Développement des médias, Georges-François Hirsch, Directeur de la Musique, de la Danse, du théâtre et du spectacle vivant, Emmanuel Hoog, Président directeur général de l’INA, Alain Kouck, vice-président et DG d’Editis, Véronique Morali, Présidente de Fimalac Développement, fondatrice du site web Terra Femina, Pascal Rogard, DG de la Sté des auteurs et compositeurs dramatiques.

7.11.09

Diplomatie culturelle : Benoît XVI et Obama, même combat !


Obama vient de promouvoir une brochette de 25 artistes dans le comité présidentiel des Arts et des Humanités, parmi lesquels quelques icônes de la pop culture américaine comme Sarah Jessica Parker de Sex in the City, l'Oscarisé Forest Whitaker (Ghost Dog, Le dernier roi d'Ecosse), Edward Norton (Fight Club, American History X) ou encore la rédactrice en chef du Vogue américain Anna Wintour.

En absence d'un ministère américain de la culture, ce comité présidé par la première Dame où figurait déjà les réalisateurs George Wolfe et Liz Manne, l'architecte Thom Moore et le danseur Damian Woetzel, rassemble les têtes de réseaux de la puissance culturelle américaine : des grandes figures artistiques sans le clivage art savant/pop culture, les principaux acteurs de la galaxie des fondations de philanthropie artistique non lucratives, des universitaires et les pontes de l'industrie de l'entertainement.

De son côté, et presque en même temps, Benoît XVI rencontrera le 21 novembre en la chapelle Sixtine 255 artistes. "Ce rendez-vous n'est pas une audience générale" du pape "ouverte à tout artiste ou exclusivement à ceux d'origine chrétienne mais se veut un moment représentatif de la volonté de dialogue entre l'Eglise et le monde de l'art, qui devra nécessairement se développer dans des étapes ultérieures sous des formes diverses", a déclaré Mgr Ravasi, Président du Conseil pontifical pour la culture.

Cette rencontre interviendra en mémoire d'une initiative similaire en 1964, également à la chapelle Sixtine, du pape Paul VI.

Dans la catégorie des arts plastiques, on note la présence des sculpteurs italien Arnaldo Pomodoro et mexicain Sebastian (de son vrai nom Enrique Carbajal), du peintre mexicain Gustavo Aceves et des architectes espagnol Santiago Calatrava et italien Mario Botta, ainsi que du vidéaste américain Bill Viola.

Pour la partie littérature-poésie, viendront l'académicienne française Florence Delay et les Italiens Claudio Magris et Susanna Tamaro.

Côté musique, figurent les compositeurs estonien Arvo Part, français Vincent Paulet et italiens Ennio Morricone et Angelo Branduardi, le chanteur italien Riccardo Cocciante et la pianiste canadienne Angela Hewitt.

Dans la section la plus fournie, celle des arts de la scène (cinéma, théâtre et danse), on trouve les réalisateurs anglais Peter Greenaway et italiens Marco Bellocchio, Nanni Moretti, Liliana Cavani et Mario Monicelli, les acteurs américain Terence Hill et italiens Sergio Castellitto, Valeria Golino et Laura Morante, la danseuse italienne Carla Fracci et le metteur en scène américain Bob Wilson.

2.11.09

Apple Store : un nouveau département du Louvre ?


Le 7 novembre, Apple ouvre sa première Apple Store en France. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le concept muséal de boutique de la marque à la pomme n'existait pas en France.
Coup de génie marketing, cette boutique ouvrira... au Louvre, ou pour être plus précis au carrousel du Louvre sous la fameuses pyramide inversée. Hasard du calendrier (?), le salon du patrimoine culturel se dérouler en même temps, au même endroit.
"C'est un grand honneur d'être ici !" proclame le slogan du visuel, toujours aussi percutant de simplicité, de la marque.
Cet évènement s'inscrit dans une stratégie d'environnement produit dévastatrice pour ses concurrents. En effet, il est intéressant de remarquer qu'Apple n'a (pratiquement) jamais été à l'origine des dernières innovations techniques majeures. Elle n'a ni inventé le MP3, ni le téléphone portable, ni le laptop.
Mais, le génie a été de rendre désirable l'objet en l'associant au domaine du luxe et de l'objet rare (un comble pour un marketing censé au contraire vulgariser sa production).
Ainsi, la scénographie, l'emballage, le storytelling vise à associer au produit une ambiance de luxe, de préciosité et d'exception.
Le musée, la bijouterie/parfumerie étant les modèles de référence de la mise en scène d'objets finalement très peu glamour comme une carte mère, de la connectique, un écran plat et un clavier.
Le site internet de la boutique du Louvre est en totale adéquation avec l'idée de développer la charge symbolique du lieu sur l'objet en gommant la référence à l'objet matériel pour développer plutôt une ambiance : y voit-on beaucoup de produits Apple ? Quasiment aucun, mais plutôt une page d'accueil de musée ou de centre culturel avec un agenda, des ateliers, des tournoi musicaux, des services, des horaires...

A lire
sur liberation.fr : Apple organise l'hystérie pour son premier «Store» parisien
Sur teknologik.fr : Une nuit dans le froid pour être les premiers dans l’Apple Store du Louvre